Idéologie et introduction dans la société

Pour combattre efficacement l’idéologie islamique, il faut savoir par quels canaux elle a été introduite en France et en Europe. En 1964, Khomeiny est banni d’Iran, car il avait organisé avec d’autres mollahs intégristes des protestations armées contre ce qu’on avait appelé la « révolution blanche » : réformes agraires, droits des femmes, l’école obligatoire pour les deux sexes… En 1978, après quinze ans d’exil dans la ville de Nadjaf, en Irak, alors qu’il avait été oublié du peuple iranien, il est transféré d’Irak en France, sur décision de l’administration américaine qui l’avait choisi comme opposant attitré du Chah. En pleine guerre froide, l’islam, pensait Jimmy Carter, serait un bon rempart contre la montée du communisme. L’Iran, par sa position géographique et ses richesses naturelles, était, stratégiquement, le pays le plus important de la région. Dominant le détroit d’Ormuz, surnommé, à l’époque, « la veine jugulaire de l’Occident » qui était très dépendant des ressources pétrolières du Moyen-Orient, l’Iran était voisin de l’ex-URSS et le communisme y était très influent. Le Chah, gendarme du Golfe, devenu mégalomane, s’est cru indispensable à la stabilité de la région et, en pleine guerre froide, il déclare, en 1977 : « L’Iran ne renouvellera pas les contrats pétroliers en 1979… Pourquoi le pétrole devrait-il être moins cher que l’eau d’Évian… » Il avait brandi, en outre, la menace de se rapprocher de l’ex- URSS. Après le transfert de Khomeiny d’Irak en France, deux Iraniens très brillants, Ghotbzadeh et Yazdi, agents de la CIA, le rejoignent. Ils ont joué un rôle déterminant dans l’ascension de ce mollah, parfait inconnu du grand public en Occident et en Iran. Le premier, avec son équipe, était chargé de le faire connaître sur la scène internationale, d’influencer l’intelligentsia occidentale et iranienne, en particulier les étudiants iraniens boursiers, en Europe et en Amérique. Gagner leur soutien était un préalable au lancement de la carrière politique internationale de ce mollah. Yazdi, lui, avec son équipe, avait pour charge d’attiser la religiosité des milieux traditionnels et d’exhumer Khomeiny pour la jeunesse iranienne, qui ne le connaissait pas, dans les couches populaires en Iran.Libération fut le premier journal à lancer la carrière internationale du vieux religieux, Khomeiny, avec un article au titre « poétique » : « L’ayatollah sous les pommiers » (11 octobre 1978). Une grande photographie montrait ce vieux sage assis à même le sol sous un magnifique pommier : l’image de la sérénité, de l’authenticité, de la piété bienveillante, de la simplicité, qui s’opposait aux fastes de la monarchie que l’Amérique de Jimmy Carter avait décidé de renverser. Des centaines d’intellectuels français, anglais, américains, de gauche comme de droite, ont manifesté et signé des pétitions en faveur de Khomeiny, dont nul n’avait lu le livre, dont nul ne connaissait les propos intégristes, les idées fanatiques, ni les actes terroristes commis en 1963 en Iran. Blâmer le seul Michel Foucault, c’est dédouaner tous les autres de leur responsabilité – ou plutôt de leur irresponsabilité.